Combien d’artistes compte réellement la République démocratique du Congo ? Pour dissiper le flou artistique qui entoure le secteur, les autorités congolaises ont lancé une vaste opération de recensement national. Débutée à Kinshasa avant de s’étendre aux 26 provinces du pays, cette initiative marque le premier pas concret vers l’application du décret de juin 2025 portant statut de l’artiste.
Par la Rédaction
C’est une petite révolution dans le paysage culturel congolais. Pour la première fois de son histoire, la RDC se dote d’une base de données officielle pour répertorier ses créateurs. L’opération est pilotée par le Fonds d’assistance sociale aux Artistes et Écrivains congolais (FASA). Créé en 1972 sous le nom de « Fonds Mobutu », cet organisme longtemps tombé dans l’oubli renaît de ses cendres pour porter ce chantier titanesque.
Pour les principaux concernés, ce recensement sonne comme le début de la professionnalisation. À 58 ans, le sculpteur Freddy Nsimba, qui a milité toute sa vie contre la précarité du secteur informel, salue une avancée majeure :
« C’est une reconnaissance du pays envers les artistes qui ont contribué à raconter son histoire. Quand le pays était divisé, ils étaient au front pour défendre les valeurs, pour égayer, pleurer ou faire rire. Il ne faudrait pas s’arrêter là, mais reconnaître aussi les œuvres, pour qu’il reste un véritable patrimoine. »
Au-delà de la symbolique, les enjeux sont éminemment sociaux. Le musicien Zepe rappelle la dure réalité du quotidien à Kinshasa, où l’absence de couverture maladie transforme chaque pépin de santé en drame :
« La vie d’un artiste au Congo est déplorable. Quand tu tombes malade ou que tu meurs, il faut organiser des collectes de fonds. On est parfois obligé d’aller jusqu’à la présidence de la République pour quémander de l’aide afin d’enterrer dignement un confrère. »
Grâce à ce fichier national, l’intégration des artistes dans un système de couverture santé universelle devient enfin envisageable. Un avis partagé par Christian Chada Kianga, directeur du FASA :
« Un artiste protégé n’a plus à arbitrer entre sa sécurité sociale et sa créativité. Nous les aidons à concilier les deux, sous la supervision des institutions. »
L’intermittence au cœur des critères de sélection
Pour figurer dans cette base de données, le FASA a défini cinq critères sélectifs, dont la notion d’intermittence. « On peut comprendre qu’un avocat soit un adepte de la guitare ou qu’un menuisier se passionne pour le théâtre. Cet aspect intermittent est pris en compte », précise Christian Chada Kianga. L’institution exige également la présentation des œuvres déjà produites. L’objectif final n’est pas de célébrer uniquement les stars mondialement connues, mais bien de cartographier et de soutenir tout le vivier de la culture congolaise, du sommet à la base.
Africa News Times




